Regards croisés

PARADE – Ballet, 1917. Musique: Erik Satie, poème: Jean Cocteau, décors et costumes: Pablo Picasso, chorégraphie: Serge Diaghilev.
LA CREATION DU MONDE – Ballet, 1923. Musique: Darius Milhaud, livret: Blaise Cendrars, décors: Fernand Léger.
Moussorgsky/Hartmann. Cendrars/Delaunay. 
Qui ne rêverait pas de laisser traîner une oreille dans la brasserie parisienne “le Catalan” où se retrouvaient Picasso, Cocteau, Balthus, Eluard et Picabia? Ou quand Satie rencontrait Ravel au café de “la nouvelle Athène”, déjà fréquenté par les impressionnistes Manet et Degas. Et quand Modigliani dessinait sur la nappe, aux côtés de Cendrars et Delaunay…
Plus proche de nous, imaginons la treille de “la Muette” à Pully, quand Ramuz, Stravinsky, Ansermet et Auberjonois posaient les premiers jalons de ce qui deviendrait “l’Histoire du Soldat”.
Les rencontres d’artistes, fortuites ou non, sont toujours fécondes, stimulantes et riches. Et parfois, elles donnent naissances à des chefs-d’oeuvres. Mais cela, ce n’est pas à nous d’en juger. Le siècle s’en chargera. Nous, musiciens, artistes, gens de culture(s) devons jouer la musique nouvelle, exposer les arts de maintenant, provoquer les rencontres, entre créateurs, entre eux et un public toujours autre.
Le projet “Immortels” est tout cela, il est l’humus nourrissant la jeune pousse, qui elle-même, sera peut-être un jour “celui de qui la tête au ciel était voisine et dont les pieds touchaient à l’empire des morts” (La Fontaine). 
Toute mon amitié et mes meilleurs voeux à ce projet ambitieux et riche.

Jérôme Faller, Violoniste et directeur de l’ensemble instrumental de la Neuveville

Félicitations au Corps de Musique de Saint-Imier pour la création du projet novateur «IMMORTELS» à la croisée de la musique et de la peinture. C’est par la diversité et l’originalité des spectacles sortant des traditionnels concerts de fanfares que nos sociétés de musique élargissent le cercle des auditeurs et font rayonner de mille couleurs notre noble art. Quoi de plus beau que la musique et la peinture pour traduire des émotions dans un langage universel. Plus que jamais, notre vie d’aujourd’hui a besoin de spectacle régional où le rêve et l’imagination font oublier, l’espace d’un moment, les soucis de la vie quotidienne. L’idée d’associer de jeunes compositeurs est également à saluer. En effet, c’est par de tels projets que peuvent naître des vocations et voir éclore de nouveaux talents insoupçonnés. Tous nos vœux de grand succès à ce projet et bonne route au Corps de Musique de Saint-Imier.

Jean-Pierre Bendit, Président central de la Fédération Jurassienne de Musique

Toute démarche encourageant la création artistique est admirable. L’homme est capable de détruire beaucoup de choses, mais quand il se met à créer et à le partager avec d’autres, il prend alors une tout autre dimension. Immortels s’inscrit dans ce processus de création en mêlant les arts et en donnant la chance à de jeunes talents d’éclore. Ce projet est un mélange de tout ce que l’homme sait faire de plus beau sur cette terre et qui donne un sens à nos existences. Il est également une preuve de plus, s’il fallait encore en apporter une, que le milieu des ensembles à vents en Suisse est plus vivant et novateur que jamais et qu’on est bien loin de l’image pas toujours très valorisante qui lui colle à la peau. Bravo à tous pour cette belle aventure !

Hervé Grélat, corniste et directeur professionnel

Intéressant de prendre ces « Immortels » (pas si immortels que ça, et c’est bien pour cela qu’ils nous fascinent) comme source d’inspiration pour composer quelques mélopées. Souhaitons que les reproductions virtuoses de ces ancêtres soient transcendées par les créations musicales. Que les racines de ces vénérables galopent sous nos pieds nous tirent vers le centre de la Terre, et que quand la chaleur se fera trop mordante, des cimes une douce brise chantante nous étreindra.

Bonne chance pour ce projet prometteur !!!

Alain Burri, enseignant à l’école d’arts visuels Berne et Bienne

Fondre la musique à l’art pictural sur un thème interpellant chacun d’entre nous quant à notre finitude est un choix particulièrement judicieux. Ce choix ambitieux ouvrira sans nul doute la pensée des auditeurs à une question fondamentale.

Gérard Gagnebin, directeur retraité des écoles primaires de Tramelan et clarinettiste amateur

Au-delà encore de cette ultime expérience de la pensée réside un sentiment diffus d’un autre ordre, probablement hors du camp d’investigation de la science, appartenant à une approche plus globale, affective et intuitive: le sentiment que les arbres contribuent de façon essentielle à ce que nous pouvons peut-être nommer “l’enchantement du monde“.

Ernst Zurcher auteur de “Les arbres entre visible et invisible”, ingénieur forestier, professeur à la HES SO, chargée de cours à l’EPFL et l’EPFZ

Le projet est intéressant. Rapprocher ainsi la composition musicale de la peinture constitue de toute façon une bonne chose, puisque c’est aux carrefours que l’on retrouve le plus de monde et que, dans le milieu de l’art en particulier, les croisements sont souvent l’occasion de découvrir des sensibilités complémentaires et de nouveaux éclairages. Ensuite, la perspective de partir de représentations de vieux arbres comme origine vers de nouvelles créations musicales me paraît aussi très riche. Il est sûrement vrai que, aujourd’hui, la nature est moins présente qu’en d’autres temps dans l’inspiration des compositeurs; ainsi ces arbres millénaires constituent-ils une très bonne opportunité! De plus, les peintures sont déjà de représentations en soi, et, si le projet est facile à comprendre dans son concept, les pistes d’interprétation – du peintre au compositeur, du compositeur en passant par l’interprète, puis, enfin, jusqu’au public – sont nombreuses et promettent un projet très varié pour tous les participants.

Romain Cattin corniste professionnel, directeur de brass band, enseignant